🎄🎀🎄
Quand la Finlande devient la maison
Après une année passée à l’étranger, je suis revenue en France pour les fêtes.
Une semaine seulement. J’étais censée être heureuse de rentrer. Mais ce qui m’a frappée, ce n’était pas la joie des retrouvailles. C’était le choc. Un choc culturel inversé si violent que j’ai compris quelque chose de fondamental : mon cœur n’était plus ici.
Dans cette illustration, une femme prie devant une table de Noël, et un oiseau s’est posé sur sa tête comme une bénédiction silencieuse. C’est ce moment de recueillement que j’ai voulu saisir, cette prière du cœur que j’ai trouvée dans le silence finlandais. L’oiseau, ce colocataire écureuil ou cet animal sauvage qui n’a pas peur, représente cette connexion avec la nature que la Finlande m’a offerte. La table de Noël symbolise le foyer retrouvé, pas celui où je suis née, mais celui où mon cœur a trouvé sa paix. C’est une image de gratitude, de contemplation, de cette spiritualité tranquille qui n’a pas de vocabulaire pour lui rendre grâce. C’est en regardant le jardin par la fenêtre de ma grand mère en décembre que ses sentiments mitigés ont germé dans mon cœur.

✨🕯️La modestie des pays froids 🕯️✨
La Finlande m’avait appris une sobriété bien portée. Peu de nourriture, mais d’excellente qualité. Pas de gaspillage. Jamais. La culture finlandaise valorise la qualité plutôt que la quantité, et cela s’applique autant aux possessions matérielles qu’à la manière de passer son temps. La modestie et l’humilité se démarquent suffisamment dans la culture finlandaise pour que la vantardise ne soit pas appréciée.
Les Finlandais préfèrent ne pas se distinguer dans un groupe, évitent de parler fort et de se vanter. Rien n’est pris pour acquis. La modestie finlandaise vient d’une profonde appréciation et d’un respect envers quelqu’un qui a fait quelque chose de bien pour nous.
Cette sobriété se reflète dans le design. Les Finlandais disent « vähemmän on enemmän » moins est plus. Cette simple idée façonne leurs vies, les guidant à se concentrer sur ce qui compte vraiment. Le design finlandais suit la règle « la forme suit la fonction », signifiant que tout ce qu’on crée doit d’abord servir son but avant d’ajouter toute esthétique.
🕯️Ce qui est luxe chez nous est essentiel là-bas 🕯️
En France, avoir un sauna est un luxe. En Finlande, c’est un essentiel. La Finlande compte plus de 3,3 millions de saunas, soit presque un par foyer. Selon une enquête de 2022, 99% des Finlandais visitent régulièrement un sauna, en faisant une pierre angulaire de la relaxation, du lien social et du bien-être.
Les espaces verts aussi. Chez nous, on parle de « chance » quand on a un jardin. Là-bas, la nature est partout, accessible à tous. 10% de la Finlande est constitué de lacs, rivières et étangs, et 78% du pays est couvert de forêts. Les Finlandais respectent et valorisent hautement la nature. Passer du temps dans la nature les aide à éliminer le bruit de la vie quotidienne et à se concentrer sur ce qui est important.
Un endroit chaud. Intime. Des endroits verts. Les poumons respirent. Le cœur aussi. Et l’esprit s’évade.
Les animaux là-bas sont heureux. Ils s’affairent dans la plus grande ouverture. Ils n’ont pas peur des gens. Les écureuils, ces colocataires que j’avais adoptés, venaient manger dans ma main. Les oiseaux chantaient sans crainte. La vie sauvage vivait vraiment.
✨Le silence assourdissant de Paris ✨
Quand je suis rentrée en France, j’ai d’abord été frappée par le silence de la Finlande qui me manquait déjà. Puis, à Paris, j’ai compris l’ironie : le silence omniprésent dans le comportement des gens, de la ville si silencieuse en Finlande, avait été remplacé par un bruit constant qui m’assourdissait.
Le bruit. Des gens partout. Du bitume à perte de vue. Le fait qu’on soit serrés tout le temps.
En Finlande, j’avais appris à avoir un espace personnel sacré. La règle du « no touch » me convenait absolument. Les Finlandais accordent une grande valeur à la ponctualité et à la modestie. Bien qu’ils puissent être détendus concernant la tenue vestimentaire et l’étiquette, ils valorisent hautement la ponctualité. Le « small talk » n’est pas une pratique courante dans la culture finlandaise, et la langue elle-même n’a pas de mot pour « s’il vous plaît », soulignant un style de communication direct et simple.
À Paris, j’étais obligée de parler alors que mon esprit avait besoin de recueillement. Les gens parlaient très vite par rapport aux Finlandais, très lents, très méditatifs. Les silences occasionnels sont considérés comme typiques en Finlande. Les Finlandais s’engagent dans des interactions sociales avec un intérêt et une considération genuine pour les autres, évitant les voix fortes et les parades.
J’étais reconnaissante d’être là, bien sûr. De revoir ma famille, mes amis d’enfance. Mais j’étais assoiffée de rentrer dans mon espace de paix intérieur.
Le soulagement des -30°C
Quel ne fut pas ce soulagement quand j’ai pu remettre le pied là-bas. Les moins 30 m’ont remplie de joie en revenant. C’est à ce moment-là que, pour la première fois de ma vie, j’ai su où était ma place. L’idée de disparaitre dans le froid, la neige, le blanc, le silence n’a jamais été aussi présent. Enrouler mon écharpe autour du visage mettre le bonnet et rajouter la capuche, est devenu presque un rituel. Sentir le froid me pénétrer si violemment me faisait me sentir vivante. En lien avec quelque chose de plus grand, la vie dans la nature.
Pas ici. Mais dans ce deuxième pays d’adoption.
Car étant adoptée, je n’ai jamais réussi à trouver ma place. Bien que j’aie grandi en France, et que tout porte à croire que je suis une citoyenne normale, mon cœur a toujours été ailleurs. D’ailleurs, peut-être que ma soif de voyage est venue aussi de là, en sachant qu’autre chose était possible.
Le phénomène du choc culturel inversé est bien documenté. Il fait référence à la période de transition du retour chez soi après avoir passé un temps raisonnable à l’étranger. Parfois, une personne peut éprouver des difficultés émotionnelles et psychologiques en essayant de se réassimiler à la vie chez soi.
Le foyer implique des sentiments, des relations, des routines et des patterns d’interaction prévisibles. Le foyer est aussi significativement relié à l’identité d’une personne; le foyer est où tu es le plus toi-même. En évoluant en tant qu’individu à l’étranger et en adoptant les pratiques culturelles de ton pays d’accueil, ta perception du foyer change.
Voilà ce qui m’était arrivé. La Finlande était devenue mon foyer. La France était devenue l’étranger.
✨🎄Accueillir la nuit étoilée comme une vieille amie 🎄✨
Quand je suis rentrée en Finlande, j’ai accueilli la nuit étoilée comme on accueille une vieille amie qui m’a tant manqué. Cette nuit qui arrive à 15h et qui reste jusqu’au lendemain. Cette obscurité que tant de gens en France craignent et redoutent, mais qui pour moi était devenue un cocon.
Retrouver mes colocataires les écureuils m’a envahie de bonheur. Ces petites boules de fourrure qui n’avaient pas peur, qui venaient chercher leurs noisettes, qui vivaient leur vie sauvage juste à côté de la mienne. Je n’avais plus envie de rentrer en France. Car le bonheur pour moi se trouvait dans le silence et dans la contemplation. Une prière du cœur. Une vie simple.
🎄La gratitude de comprendre 🎄
Il y a une gratitude immense dans cette compréhension. Dans ce moment où tu réalises que tu as trouvé ta place, même si ce n’est pas celle qu’on attendait de toi. Même si ce n’est pas dans le pays où tu es née, ni dans celui où tu as grandi.
Beaucoup de gens qui reviennent d’un séjour prolongé à l’étranger rapportent avoir des problèmes académiques, des conflits d’identité culturelle, un retrait social, de la dépression, de l’anxiété et des difficultés interpersonnelles. Moi, j’avais tout ça. Mais j’avais aussi quelque chose d’autre : la certitude.
La certitude que je n’étais pas folle. Que ce que je ressentais était réel. Que la Finlande n’était pas qu’une parenthèse enchantée, mais un choix de vie.
Les pays nordiques embrassent des aspirations limitées pour la meilleure vie possible. Cette mentalité est capturée dans la Loi de Jante un ensemble de commandements qui capturent quelque chose d’essentiel sur la disposition nordique au succès personnel : « Tu ne dois pas penser que tu es quelqu’un de spécial; tu ne dois pas t’imaginer meilleur que nous. » Faire partie de quelque chose de plus grand.
Cette vision de la douceur de vivre, ça me correspondait tellement plus que l’ambition française, cette course constante au succès visible, cette nécessité de succès rapide, cette pression constante de ne pas faire d’erreurs.
Une prière du cœur
En Finlande, la contemplation règne. Cette façon de s’asseoir en silence devant un lac gelé et de simplement être. Sans avoir besoin de parler, de justifier, d’expliquer.
Le silence n’est pas négatif pour les Finlandais, il se sent naturel. Il n’y a pas besoin de remplir les moments de silence avec de la parole. Une parole forte peut être perçue comme désagréable ou menaçante.
J’avais appris que la vie pouvait être simple. Que le bonheur n’avait pas besoin d’être bruyant, ostentatoire, démonstratif. Qu’il pouvait être dans une tasse de café bue en silence, dans une promenade en forêt où le seul bruit est celui de tes pas dans la neige, dans un sauna partagé sans un mot échangé.
Ceux qui vivent un style de vie à faible consommation ont montré une satisfaction de vie accrue, se concentrant davantage sur le développement de valeurs intrinsèques plutôt que sur le matérialisme encombré.
Ce que je veux partager, ce n’est pas une critique de la France. Ce n’est pas un rejet de mes origines. C’est une célébration de la découverte. De cette possibilité incroyable qu’on a, aujourd’hui, de trouver sa place ailleurs que là où on est né.
Je suis profondément reconnaissante d’avoir eu la chance de vivre cette année en Finlande. Reconnaissante d’avoir pu expérimenter ce choc culturel inversé qui m’a révélé où battait vraiment mon cœur. Pour les saunas qui m’ont enseigné que le luxe, c’est la simplicité. Pour les espaces verts qui m’ont montré que respirer est un droit, pas un privilège. Pour les animaux qui m’ont rappelé qu’on peut vivre sans peur.
Reconnaissante pour le silence. Pour la contemplation. Pour cette façon finlandaise de vivre qui valorise la qualité sur la quantité, l’essentiel sur le superflu, l’être sur le paraître.
Et reconnaissante, surtout, d’avoir compris que trouver sa place n’est pas une trahison. Que choisir un pays d’adoption n’efface pas d’où on vient. Que mon cœur peut battre pour la Finlande sans cesser d’aimer ce qui m’a construite. je garde le silence, la nuit quasi éternelle et la faune sauvage partout avec moi.
🎄🎀🎄
Réflexion de la semaine : Si tu as vécu à l’étranger, as-tu ressenti ce choc culturel inversé en rentrant ? Cette sensation que « chez toi » n’était plus vraiment chez toi ? Que ton cœur était resté ailleurs ? Permets-toi de ressentir ça sans culpabilité. C’est le signe que tu as vraiment vécu quelque chose de profond, que tu t’es vraiment ouvert à une autre culture.
Partage : Raconte-moi ton expérience du retour. Ce moment où tu as réalisé que quelque chose en toi avait changé. Que tu ne regardais plus ton pays d’origine avec les mêmes yeux. Parce que ces histoires sont importantes. Elles rappellent que l’identité n’est pas figée, qu’on peut se construire ailleurs, autrement.
Collection : Ma collection Hiver Nordique porte en elle cette gratitude. Pour le silence finlandais. Pour la modestie scandinave. Pour cette façon de vivre qui valorise l’essentiel. Chaque pièce est un hommage à ce pays qui m’a accueillie et où mon cœur a trouvé sa paix.

Laisser un commentaire