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đŻïžâšQuand le froid te fait redĂ©couvrir la chaleur đŻïžâš
Tu sais ce moment oĂč tu tiens un bol brĂ»lant entre tes mains engourdies par le froid ? Quand la vapeur monte vers ton visage et que tu fermes les yeux, juste une seconde, pour savourer cette promesse de chaleur ? C’Ă©tait exactement ça, mon premier bol de lohikeitto dans une cafĂ©tĂ©ria Ă©tudiante de Finlande, il y a des annĂ©es. On frĂŽlait les -30°C dehors. Le genre de froid qui te coupe le souffle, qui transforme tes cils en cristaux de glace. Et lĂ , dans ce self universitaire aux nĂ©ons blancs, trĂŽnaient d’immenses marmites fumantes. Je ne savais pas encore que j’allais tomber amoureuse.

đ§Łâïž Une soupe nĂ©e des lacs et des hivers infinis âïžđ§Ł
Le lohikeitto n’est pas qu’une recette, c’est une histoire qui remonte Ă des siĂšcles. Dans un pays oĂč la pĂȘche n’Ă©tait pas seulement un moyen de survie mais un mode de vie qui favorisait une connexion profonde avec la nature, cette soupe est devenue l’Ăąme de la cuisine finlandaise.
Les premiĂšres versions du lohikeitto Ă©taient des soupes simples conçues pour tirer le meilleur parti de prises modestes, incorporant des ingrĂ©dients locaux comme les pommes de terre (introduites en Finlande au 18Ăšme siĂšcle Ă vĂ©rifier) ainsi que des lĂ©gumes racines et des herbes sauvages. C’Ă©tait la cuisine de l’ingĂ©niositĂ©, celle qui nourrit les grandes familles pendant les longs hivers nordiques.
Le saumon, lui, n’Ă©tait pas un choix anodin. Il occupait une place culturelle significative dans le folklore finlandais comme symbole d’abondance et de survie, apparaissant de maniĂšre proĂ©minente dans l’Ă©popĂ©e nationale « Kalevala », dont je te parlerais dans un autre article Ce poisson rose vif des milliers de lacs finlandais portait en lui quelque chose de sacrĂ©.
Avec le temps, la recette a Ă©voluĂ©. Le style crĂ©meux de la soupe s’est probablement dĂ©veloppĂ© plus rĂ©cemment, lorsque les produits laitiers sont devenus plus couramment utilisĂ©s dans les foyers ruraux. Mais l’esprit est restĂ© le mĂȘme : des ingrĂ©dients simples, locaux, transformĂ©s en rĂ©confort pur. Et mon dieu que c’est rĂ©ussi!
đđ Ce que tu mets dans ton bol arrive dans ton cĆur đđ
La beautĂ© du lohikeitto, c’est sa simplicitĂ© dĂ©sarmante. Il se compose de filets de saumon, de pommes de terre bouillies, de carottes et de poireaux, servi chaud et typiquement assaisonnĂ© d’aneth frais, de piment de la JamaĂŻque, de sel et de poivre noir.
Chaque bouchĂ©e raconte quelque chose : la douceur des lĂ©gumes racines fondants, la soyeuse onctuositĂ© du bouillon crĂ©mĂ©, le saumon qui se dĂ©fait comme une promesse tenue. Rien ne domine. Tout fonctionne ensemble, crĂ©ant une harmonie qui n’a besoin de rien d’autre.
L’aneth, cette herbe verte et parfumĂ©e qui embaume toute la cuisine, c’est la signature finlandaise. Sans lui, ce ne serait pas du lohikeitto. C’est lui qui donne cette fraĂźcheur herbacĂ©e, ce parfum qui te rappelle l’Ă©tĂ© mĂȘme quand tout est gelĂ© dehors.
Et en plus d’ĂȘtre dĂ©licieuse, elle est visuellement belle Ă contempler avec toutes ces couleurs, je me souviens la premiĂšre fois que j’en ai vu une, de l’aspect visuel, jaune, saumon, orange et vert. C’Ă©tait super joli Ă voir, et c’est ce que j’ai essayĂ© de retranscrire dans mon dessin.
đâšMon histoire avec cette soupe đâš
Je me souviens de ce jour-lĂ comme si c’Ă©tait hier. J’Ă©tais Ă©tudiante en Erasmus, perdue dans un pays oĂč la nuit tombait Ă 15h et oĂč le froid mordait jusqu’aux os. Dans la cafĂ©tĂ©ria, ces marmites gĂ©antes dĂ©bordaient de soupe crĂ©meuse, rose pĂąle, parsemĂ©e de vert tendre. Et puis cette odeur qui flottait dans l’air.
Premier bol. PremiĂšre cuillĂšre. Le saumon fondant, les pommes de terre qui s’Ă©crasent doucement sur la langue, cette crĂšme lĂ©gĂšrement citronnĂ©e, l’aneth qui explose en bouche. C’Ă©tait comme si quelqu’un m’avait tendu une couverture chaude en plein blizzard. Parce qu’il faut le dire il faisait super froid.
Et puis il y a eu ce geste : tenir le bol entre mes mains, Ă travers mes moufles Ă©paisses. Sentir cette chaleur se diffuser dans mes paumes glacĂ©es, remonter le long de mes bras. C’Ă©tait plus qu’un repas. C’Ă©tait une leçon de gratitude, la dĂ©couverte d’un bonheur tout simple : avoir quelque chose de chaud Ă tenir contre soi quand tout autour de toi est hostile.
Je suis retournĂ©e me servir. Encore. Et encore, les jours qui suivirent. Chaque fois que je voyais ces marmites, je savais que j’allais bien. Que le froid finlandais et moi, on pouvait faire la paix.
đŻïž Pourquoi cette soupe est entrĂ©e dans ma collection đŻïž
Aujourd’hui, des annĂ©es plus tard, le lohikeitto fait partie de ma vie. Je l’ai intĂ©grĂ© Ă ma collection de recettes du monde, mais aussi Ă ma façon de voir le voyage. Parce que voyager, ce n’est pas seulement visiter des monuments ou cocher des cases sur une liste. C’est dĂ©couvrir comment les gens vivent, comment ils se rĂ©chauffent, comment ils transforment ce qu’ils ont sous la main en quelque chose qui nourrit l’Ăąme autant que le corps.
Cette soupe , elle est devenue mon plaisir secret dans ma façon de vivre lĂ bas. Soupe rĂ©confortante parce qu’ici c’est plus potimarron lardons. mais çà c’est une autre histoire. Cette soupe de poisson dans une cafĂ©tĂ©ria d’universitĂ© c’est un souvenir indĂ©lĂ©bile. Celui des saveurs les plus simples saumon, pomme de terre, aneth, crĂšme peuvent composer quelque chose d’inoubliable.
Quand je prĂ©pare du lohikeitto chez moi maintenant, je ferme les yeux et je me retrouve lĂ -bas. Dans ce self bruyant, avec la buĂ©e sur les fenĂȘtres, le brouhaha des Ă©tudiants finlandais autour de moi, et ce bol brĂ»lant entre mes mains. Je me rappelle cette dĂ©couverte : on peut tomber amoureuse d’une soupe. On peut apprendre Ă aimer l’hiver. On peut trouver la chaleur lĂ oĂč on ne l’attendait pas. çà me redonne le souvenir Ă chaque fois.
đźđŠ Comment la faire tienneđŠđź
Le lohikeitto est une soupe finlandaise crémeuse au saumon, similaire à la laxsoppa suédoise, qui incorpore traditionnellement des morceaux de filet de saumon, des pommes de terre et des carottes en dés cuites dans un bouillon savoureux au beurre infusé de fumet de poisson et de crÚme.
La prĂ©paration est simple. Tu fais revenir les poireaux dans du beurre jusqu’Ă ce qu’ils deviennent translucides. Tu ajoutes les pommes de terre et les carottes, tu couvres de bouillon. Tu laisses mijoter jusqu’Ă ce que les lĂ©gumes soient tendres. Puis vient le saumon, en gros cubes roses, et la crĂšme. Quelques minutes encore, juste le temps que le poisson cuise dĂ©licatement. Et au dernier moment, l’aneth frais, gĂ©nĂ©reux, qui transforme tout.
Comme la plupart des repas en Finlande, le lohikeitto est gĂ©nĂ©ralement mangĂ© avec un accompagnement de pain de seigle noir et peut-ĂȘtre une tranche de fromage dessus. Ce pain dense, presque noir, au goĂ»t lĂ©gĂšrement acidulĂ©, c’est le compagnon parfait. Il absorbe le bouillon, il ajoute cette note rustique qui ancre le plat dans sa terre d’origine.
đ le voyage culinaire đ
Voyager, pour moi, c’est ça. C’est accepter d’avoir froid pour mieux apprĂ©cier la chaleur. C’est oser goĂ»ter ce qu’on ne connaĂźt pas. C’est dĂ©couvrir qu’un bol de soupe peut changer ta perspective de percevoir certains mots comme rĂ©confort et chaleur.
Le lohikeitto c’est l’art de vivre dans la simplicitĂ© avec ce que l’on a sous la main. C’est crĂ©er du beau et du rĂ©confort avec ce que la nature donne. Il m’a montrĂ© que la sophistication n’est pas dans la complexitĂ©, mais dans la justesse, toujours en dĂ©calage avec notre culture. Que parfois, le plus grand luxe, c’est la simplicitĂ© absolue : du saumon frais, des lĂ©gumes, de la crĂšme, de l’aneth.
Cette soupe fait maintenant partie de mon ADN culinaire. Je retourne dans ce froid polaire, dans cette cafĂ©tĂ©ria oĂč j’ai compris que mon confort se retrouvait sous la forme d’une louche de soupe fumante dans un bol blanc. Dans mon illustration, j’ai voulu capturer cet instant prĂ©cis : des mains qui tiennent un bol de soupe fumante. Pas n’importe quelles mains, des mains en moufle, des mains qui ont froid, des mains qui accueillent la chaleur comme on accueille un cadeau prĂ©cieux. La vapeur s’Ă©lĂšve en volutes douces, le saumon rose affleure Ă la surface crĂ©meuse, et dans ce geste simple de tenir un bol, il y a toute la gratitude du monde. C’est ce moment-lĂ que j’ai voulu immortaliser : la reconnaissance d’avoir quelque chose de chaud quand tout est gelĂ©.
Et toi, tu l’as dĂ©jĂ goĂ»tĂ©e ? Tu connais ce sentiment de tenir quelque chose de chaud contre toi quand tout est gelĂ© alentour ? Si tu ne l’as jamais fait, je t’en prie : un jour, essaie. Fais-toi cette soupe un soir d’hiver, ferme les yeux Ă la premiĂšre bouchĂ©e, et laisse-toi transporter vers ces lacs gelĂ©s, ces forĂȘts de pins couverts de neige, ces gens qui ont compris que la chaleur, c’est d’abord une affaire de cĆur.
Une cuillĂšre Ă la fois !

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