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J’ai dessiné cette femme arrangeant un bouquet de roses. Celles que mon mari m’offre chaque Noël quand mon cœur est tourné vers le Nord. Dans son geste délicat de composer ce bouquet, il y a toute la douceur de celle qui comprend. de la contemplation d’un éclat de beauté. Ces roses sont un symbole d’abandon, la reconnaissance que je peux être d’ici et appartenir à là-bas. Dans cette illustration, un rouge gorge est avec elle, pour l’accompagner partout où elle va. Pour la joie. Un panettone en clin d’œil à la tradition brésilienne de Noêl. Et des chevaux suédois pour lui rappeler que le nord est partout. C’est une illustration pour la reconnaissance, pour l’amour qui accepte ses nostalgies, pour cette année magique qui m’a transformée, pour tous ces moments gardés précieusement dans mon cœur. Chaque rose est un merci silencieux à l’étoile du Nord qui m’a montré le chemin de ma maison,. Et j’espère que cette prière de Noël t’apportera la paix dans ton coeur.

Et je t’offre cette lettre que j’ai écrite des années avant à l’étoile du nord. En signe de ma reconnaissance des années après pour tout ce qu’elle m’a apportée. Que l’étoile du nord veille aussi sur chacun de tes pas.
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Chère étoile du Nord,
Je t’écris depuis un appartement dans les Pyrénées, bien au chaud, pendant que la neige tombe dehors. mes enfants ne m’ont pas laissée dormir cette nui malgré le manque de sommeil qui marque mon visage certes, ce n’est pas ta neige à toi, celle qui craque sous les pas et qui transforme le monde en cathédrale de silence . Non, juste une petite neige française, timide, qui fond avant de toucher le sol. Mais elle me rappelle toi. Tout me rappelle toi.
Mon mari vient de m’offrir son traditionnel bouquet de Noël. Des fleurs rouges presque noires couvertes de paillettes, comme chaque année. Une vision enchantée et enchanteresse. Juste comme çà, dit-il en souriant. Mon mari a triché à son test d’Harry potter c’est un serpentard, beaucoup plus malin qu’il laisse paraitre. Je pense qu’au fond de lui il sait que chaque hiver, mon cœur traverse la Baltique et retourne là-bas, vers le froid que j’aime, vers le silence qui m’a guérie, vers toi qui m’as montré le chemin. Mon mari a grandi dans le froid près de ton cœur, c’est un enfant de la glace. Alors quand je lui dis que je souhaite y retourner il est toujours partagé… Il en assez vu pour toute une vie.
Mais il sait que je suis rentrée changée. Changée dans mes perceptions, dans cette façon que j’ai maintenant de vivre au ralenti alors que tout autour de moi s’accélère. J’ai gardé cet amour du froid, de l’hiver, de la magie blanche que tu m’as offerte. La vie a avancé depuis. De belles choses sont arrivées. Mon mari, justement, que j’ai rencontré l’été après mon retour. Je voulais rester mais quelque chose m’a dit de rentrer. Que j’avais déjà trouvé l’amour que le nord avait à m’offrir. Et que je devais repartir parce quelque chose de mieux m’attendait. Cet été là avait été particulier, choc culturel, fin de relation, ma grand mère extrêmement malade. je suis tombée malade aussi. Littéralement en manque d’oxygène dans mon corps, inflammation pulmonaire qui a mis des mois avant de disparaitre. Et lui est arrivé, dans le froid de l’automne….. l’homme de l’est.
Nos enfants sont arrivés quelques années après. J’ai cette satisfaction de savoir qu’ils grandissent en sachant que leur mère a laissé un morceau d’elle à des milliers de kilomètres d’ici. et ils n’ont qu’une envie c’est de partir voir ces paysages, pour vivre leurs propres histoires. Après tout les chiens ne font pas des chats….. Mais mon cœur, lui, est resté quelque part dans l’aventure des pays nordiques. Dans leur simplicité. Dans l’amour de la nature. Dans la contemplation. Dans cette capacité à accueillir la simplicité comme un trésor.
Je t’ai dédié la première saison du podcast, à cette idée de planter là où la vie nous mène. Je repense souvent à cette nuit où je suis devenue l’une d’entre eux. Tu te souviens ? C’était toi qui brillais au-dessus du lac gelé, toi qui éclairais le ponton givré de ta lumière fidèle. La neige tombait doucement, transformant chaque flocon en diamant suspendu dans l’air. Quelqu’un m’a tendu la main et m’a dit : « Tu es prête ? » . ls étaient là les finlandais pour mon premier bain dans l’eau gelée du lac. Accroupis sur le ponton me disant de respirer. Ne m’en sentant absolument pas capable j’ai pourtant plongé dans l’eau glacée. L’avanto, cette tradition folklorique finlandaise où on brave les eaux proches de zéro aussi longtemps qu’on peut le supporter. Le froid a mordu ma peau comme une morsure d’amour. Mon souffle s’est coupé. Et dans ce moment de choc absolu, dans cette seconde où mon corps hurlait et où mon esprit s’ouvrait, j’ai su. A leurs sourires je savais que j’étais l’une d’entre eux. Que ce pays m’avait accueillie. Que ces gens m’avaient adoptée à leur manière, silencieuse mais profonde. Quand ils m’ont tirée de l’eau ils me me l’ont dit bienvenue la finlandaise. Je me souviens avoir pleuré ce soir là, pleurer de gratitude pour ces mots simples.
Alors aujourd’hui, je veux te dire merci, merci pour la magie, pour les rencontres. Merci pour tout ce que tu m’as donné pendant cette année magique.
Merci aux paysages somptueux que je garde gravés dans mon cœur comme des photographies éternelles. Les forêts infinies où 78% du pays se cache sous les conifères. Les lacs miroirs, si nombreux qu’ils couvrent 10% de la Finlande. Les montagnes qui s’embrasent sous les couchers de soleil, ces Alpenglow qui peignent les sommets en rose et en or. Les aurores boréales qui dansent de septembre à mars, tissant leurs voiles de vert, de rose, de violet dans le ciel noir. Ces paysages m’ont appris la contemplation vraie, cette capacité à s’asseoir face à quelque chose de beau et de simplement être. Sans téléphone, hormis pour démarrer une machine à laver. Sans distraction. Juste moi et l’immensité. Je repense avec nostalgie à ce qui aurait pu être, une vie entière là-bas, peut-être, mais je garde précieusement ces images qui nourrissent mes hivers français.
Merci aux créatures sauvages qui m’ont accueillie dans leur royaume. Les loups qui traversent la forêt comme des ombres silencieuses. Les rennes avec leur curiosité à toute épreuve et leurs démarches sautillantes, presque irréelles, qui m’ont fait tomber amoureuse de ces cervidés magiques. Les élans contemplatifs, majestueux dans leur immobilité, qui m’ont rappelé qu’on peut vivre en harmonie avec ce qui est sauvage. Et ces écureuils fous, mes colocataires adorés qui essayaient de rentrer dans mon logement et qui se concentraient à jouer au Spider-Man sur mon mur, leur énergie inépuisable me rappelant chaque jour que la vie est un jeu, qu’on peut être sérieux dans ses projets sans se prendre au sérieux. Même les ours qui m’ont fait courir le footing de ma vie ce jour dans la forêt où nous avons vu les traces d’une maman et de son petit, ce sprint fou à travers les arbres qui m’a appris l’humilité vraie, celle qui te fait comprendre ta place dans l’ordre des choses.
Merci aux brise-glace qui fendent la Baltique gelée avec une puissance silencieuse, ouvrant des chemins tout en craquements dans l’impossible, me prouvant que même le plus épais des obstacles peut être traversé avec patience et détermination. Comme ces bateaux, la Finlande m’a appris à avancer lentement, sûrement, sans faire de bruit.
Merci aux humains qui ont croisé ma route. Cet enfant que j’ai vu un jour, allongé sur le dos dans la neige fraîche, battant des bras et des jambes pour créer des ailes d’ange, son rire résonnant dans le silence blanc, pure joie, pure présence. Les gangs russes de mon quartier qui ont rajouté du piment dans l’ordre finlandais avec leur chaos joyeux de fusillades en pleine nuit. Et surtout, surtout, merci aux Finlandais qui m’ont ouvert leurs cœurs alors que leur culture enseigne la retenue. Je les ai probablement saoulés avec mes questions incessantes sur leurs façons de vivre, mais ils ont répondu avec patience, avec générosité, avec cette fierté discrète qu’ils ont pour leur pays.
Merci au glöggi qui m’a rendu accro aux arômes naturels, cette symphonie de cannelle, cardamome, clous de girofle et gingembre qui réchauffe plus que le corps, qui réchauffe l’âme. Merci au poisson extraordinaire des eaux finlandaises, le saumon frais, et cette capacité à cuisiner dans la simplicité les plus délicieux des arômes. Ces saveurs m’ont appris que la qualité vaut mille fois mieux que la quantité.
Pour les saunas refuge de chaleur. Ces saunas m’ont réchauffé au moment où j’en avais le plus besoin. Pas juste physiquement. Émotionnellement. Spirituellement. Dans le sauna, tout s’égalise, les différences s’effacent, on est tous égaux face à la chaleur, face à cette purification qui va au-delà du corps. Le sauna m’a appris le lâcher-prise, cette capacité à supporter l’inconfort en sachant que ça va passer, que ça va nous faire du bien.
Merci aux lieux qui sont devenus miens. Varissuo, mon refuge, ce quartier de Turku pas le plus chic, pas le plus touristique, mais le mien, où j’ai appris ce qu’était vraiment un foyer. Ruissalo avec ses chênes centenaires. Naantali avec son charme de carte postale. Les presqu’îles rocheuses où la mer Baltique vient lécher les rochers lisses. La Laponie mythique où le temps semble s’arrêter, où les rennes sont plus nombreux que les humains, où tu m’as montré ce qu’est vraiment le silence, le vrai, celui qui m’enveloppe comme une couverture. Rauma avec ses maisons en bois colorées. Oulu avec son marché couvert. Helsinki avec ses chocolats divins. Chaque ville m’a donné un morceau de Finlande, ensemble elles composent ce pays que j’aime, cette chasse gardée.
Merci au silence de m’avoir appris à soigner mon chagrin. Dans le blanc de la neige qui tombe, j’ai trouvé un baume. Le silence finlandais n’est pas vide, il est plein. Plein de possibilités. Plein de guérison. Plein de cette paix qui dépasse l’entendement. Le silence m’a appris qu’on n’a pas toujours besoin de parler pour être entendu, qu’on peut soigner ses blessures dans la contemplation, que la nature vivante nous offre ce que les mots ne peuvent pas donner.
Et merci, surtout, de m’avoir montré le chemin. Toi, l’étoile du Nord, fidèle, constante, brillant dans ce ciel sans pollution lumineuse où la Voie lactée s’étend comme un fleuve de lumière. Tu as guidé une enfant adoptée en manque d’origines et de foyer. Parce que là-bas, en Finlande, sous ta lumière, j’ai trouvé des réponses. Pas toutes. Pas celles que j’attendais, peut-être. Mais celles dont j’avais besoin.
J’ai compris que le foyer n’est pas forcément là où on naît. Que les origines ne sont pas que biologiques. Qu’on peut se construire une identité qui nous ressemble vraiment, même si elle surprend notre entourage. J’ai compris que je peux être d’ici et de là-bas, que mon cœur peut battre pour la France, pour la Finlande, le Brésil, et l’Angleterre dans une seule mélodie que je peux aimer le Sud et préférer le Nord. Qu’il n’y a pas de contradiction dans tout ça, juste de la richesse.
J’ai trouvé des réponses sur mes origines là-bas, dans le pays le plus éloigné de mon lieu de naissance, comment tes silences m’ont parlé plus fort que tous les discours, comment le froid m’a réchauffée, ça, je le raconterai dans une autre série. Pour l’instant, je veux juste te dire merci.
Merci d’avoir fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Celle qui vit au ralenti dans un monde pressé. Celle qui cherche le silence quand tout le monde crie. Celle qui aime le froid quand tout le monde fuit l’hiver. Celle qui contemple. Choisir l’essentiel sur le superflu.
Ma collection Hiver Nordique, c’est ma façon de te garder vivante. Chaque pièce porte en elle un morceau de cette année. Les couleurs des aurores boréales. La douceur des pelages de rennes. Le blanc de la neige qui tombe. Le bleu profond de la nuit polaire. Porter ces vêtements, c’est porter un peu de ta magie avec moi. C’est garder vivant ce qui m’a changée. C’est dire oui à l’aventure, encore et toujours.
Peut-être qu’un jour je reviendrai. Peut-être qu’un jour mes enfants plongeront dans un lac gelé sous ta lumière. Peut-être qu’un jour mon mari comprendra vraiment pourquoi mon cœur bat si fort quand j’entends le mot « Suomi ».
En attendant, je garde précieusement cette année dans mon cœur. Je la sors les soirs où j’ai besoin de silence. Les matins où le monde va trop vite. Les moments où j’oublie qui je suis vraiment. Mon mari comprend. Ces fleurs qu’il m’offre chaque Noël sont sa façon de me dire : je sais où est ton cœur, et je t’aime quand même. Je t’aime avec tes nostalgies, avec tes rêves de neige, avec cette partie de toi qui appartient au Nord. Mes enfants grandiront en entendant mes histoires de là-bas. Ils sauront qu’on peut avoir plusieurs maisons, plusieurs amours, plusieurs identités. Qu’on peut être d’ici et aspirer à ailleurs sans trahir personne.
Alors ce soir, pendant que la petite neige française fond avant de toucher le sol, je lève les yeux vers toi. Tu es là, quelque part derrière les nuages, fidèle comme toujours. Et je te dis merci. Merci pour cette année magique. Merci pour ces souvenirs qui me réchauffent. Merci pour cette transformation qui continue de m’habiter.
Merci, étoile du Nord, de briller toujours au même endroit. De me rappeler qu’il existe un lieu où je suis vraiment moi. Où le silence est une langue que je parle couramment. Où le froid est une caresse. Où la simplicité est une richesse.
Avec toute ma gratitude et tout mon amour,
Une fille du Sud qui a trouvé son Nord
P.S. : Continue de briller. D’autres âmes perdues ont besoin de toi pour trouver leur chemin.
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